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Compte Rendus et Travaux en ligne du Doc IEA
               
 Journée d'Etudes du jeudi 20 janvier 2005
 Approches de l'Art Africain
               
Danseur portant un cimier Tyiwara. Burkina Faso, Bwa. Photo : Hoa Qui   Reliquaires vus par P.S. de Brazza, Voyages dans l'Ouest africain, Le Tour du Monde, Paris, 1887   Masque Do. Burkina Faso, Bwa. Photo : Hoa Qui
La journée a commencé avec le Propos introductif de Hines MABIKA-OGNANDZI, Doctorant à l'Institut d'Etudes Africaines et Coordinateur de DocIEA. Son propos était un propos de remerciement et de cadrage. Remerciements à l'endroit des autorités de l'Université de Provence, de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme d'Aix-en-Provence, de l'Institut d'Etudes Africaines UMR 6124 du CNRS pour leur soutien ; des invités venus de Paris, Marseille, Aix-en-Provence et ses environs ; de l'Association Adress pour sa collaboration ; enfin du public venu nombreux.
Le cadrage a porté essentiellement sur les objectifs de cette Journée, qui s'inscrit dans la ligne des buts poursuivis par le Collectif des Doctorants de l'IEA (DocIEA) à savoir :
1. Promouvoir la recherche africaniste en sciences humaines et sociales ; 2. Sortir le doctorant de son isolement en lui permettant de rencontrer et d'échanger avec d'autres doctorants et chercheurs confirmés ; 3. Contribuer à faire vivre le Laboratoire de l'Institut d'Etudes Africaines et partant, la recherche scientifique tout simplement.
Hines MABIKA a fait remarquer qu'en proposant une journée sur l'Art Africain, l'intention n'est ni d'embrasser, en quelques heures, l'Art du continent noir dans sa globalité – mille journées ne suffiraient pas – ni de réécrire l'Histoire. A l'heure où le nombre des sites de galeries d'Art Africain et les chiffres du marché de l'Art montrent que cette économie se porte plutôt bien, son univers demeure parmi les moins étudiés, les moins connus. Susciter le débat, donner la parole à ceux qui travaillent sur quelque aspect que ce soit de l'Art Africain, faire de l'Art Africain un objet d'étude scientifique, tel était l'objectif majeur de cette Journée.
1ère Communication. Hassane SOULEY :
La perception de la culture et des arts africains en France 
Au moyen d'une dizaine de supports d'images, le Peintre et Doctorant (IEA, Histoire) Hassane SOULEY a montré que la perception de la culture et des arts africains en France est la conséquence d'un empilement des significations. Ces significations ont été générées par les cabinets de curiosité, les expositions coloniales, la "mode de l'Art Nègre" et les mouvements artistiques français. Cette perception est, depuis 1947, récupérée par les artistes africain, ce qui piège la créativité.
2ème Communication. Sarah ANDRIEU : 
L'exposition de la danse africaine en Occident : de la danse « primitive» à la danse « traditionnelle »
Cette intervention était structurée autour de cinq points : 1. La danse des peuples d'Afrique dans les « zoos humains » ; 2. L'engouement pour la gestualité africaine au cabaret et au théâtre ; 3. Gestes et postures africaines : une source d'inspiration pour les primitivistes ; 4. L'utilisation des gestuelles africaines par les danseurs contemporains occidentaux ; 5. La déconstruction des stéréotypes occidentaux par les danseurs contemporains burkinabè.
Pour Sarah ANDRIEU, Doctorante (Anthropologie, IEA), la « danse africaine traditionnelle » est omniprésente dans le paysage culturel et artistique français. De nombreuses troupes de « danse traditionnelle » sont invitées en France à l'occasion de festivals dédiés aux richesses culturelles de l'Afrique. Les amateurs de danses africaines sont de plus en plus nombreux dans des « cours » dispensés par des africains venus enseigner et partager leur savoir en Europe. Les chorégraphes contemporains occidentaux se tournent vers l'Afrique pour explorer des gestuelles plus « vraies » en mesure d'alimenter leur langage corporel. Une passion pour l'Afrique et plus particulièrement pour ses danses semblent envahir la société française et plus largement occidentale. Sarah ANDRIEU a précisé que si l'engouement pour les danses africaines pouvait encore apparaître, à première vue, comme un phénomène de mode récent, l'approche historique de cet objet montre que les danses africaines sont présentes sur le vieux continent depuis un siècle et demi. C'est notamment depuis la fin du 19ème siècle qu'elles sont exposées, mises en scène en Occident, répondant à la fois aux objectifs de la volonté colonisatrice des états européens et à la soif d'exotisme des spectateurs occidentaux. Sarah ANDRIEU s'est par ailleurs attelée à décrire les phénomènes d'appropriation et d'expositions de la corporéité « noire » par l'Occident depuis le milieu du 19ème siècle en s'attachant plus particulièrement aux imaginaires et représentations occidentales qui se sont développés autour de la « danse africaine traditionnelle ».
3ème Communication. Malick NDIAYE :
L'Art Contemporain Africain et la théorie postcolonialiste : ''désidentification'' ou limites de la représentation ?
D'après Malick NDIAYE, Doctorant, ('Institut National d'Histoire de l'Art, Paris) les perspectives du post colonialisme ont émergé contre les discours hégémoniques de la modernité qui légitimaient une évolution inégale et des différences, désavantageant les pays du tiers monde et des minorités à l'intérieur des états. Si la théorie post coloniale est une révision de l'histoire, de la différence culturelle, et une autre conception de la temporalité sociale, comment les artistes, en ramenant leur pratique dans la conscience de cette théorie, pensent la ré-articulation du signe dans lequel doivent être inscrites les nouvelles identités culturelles? Malick NDIAYE a tout d'abord souligné les rapports qu'établit le sujet post colonial avec le temps, la mémoire et l'histoire, l'enjeu de cette dernière dans les textes du post colonialisme et ce qu'implique une telle relation dans le travail des artistes. Il a ensuite analysé les autres manières de se pencher sur le temps de la mémoire par rapport à l'exil, la distance, le territoire, les notions de déplacement et « d'errance » qui inscrivent le sujet dans le mouvement, une permanente réappropriation des identités ainsi que leurs périls. L'orateur a, en fin de compte, pris pour exemples Jane ALEXANDER et Yinka SHONIBARE pour comprendre comment ces artistes repensent théoriquement dans l'objet les notions d'altérité, d'homogénéité et de localisation. En faisant d'eux-mêmes des êtres de « passage », l'on a pu constater que tous ces artistes avaient en commun le refus des places assignées, de la catégorisation et ce désir d'inscrire l'identité dans une perte. L'Art contemporain africain, hybride dans sa modernité, ne cesse donc de se penser de l'intérieur. Il est désormais l'objet d'un discours, d'une construction et d'un traitement dans sa globalité.
4ème Communication. Alphonse TIEROU :
"Réflexion pour l'émergence de la création d'une chorégraphie africaine"
Alphonse TIEROU a tout d'abord rappelé qu'en danse africaine, la formation au vrai sens du terme n'existe pas : «  La création chorégraphique africaine est sous perfusion ». La mise en place d'un grand projet de recherche sur la danse africaine relève donc de l'urgence. Cette initiative mettrait fin à toutes les incompréhensions qui alimentent le marché des préjugés et des passions, nourrissent la pensée unique, étouffent la culture de responsabilité, engourdissent l'imagination des créateurs et faussent profondément la lecture de la culture africaine. L'intervenant a reconnu que la question de l'Art Africain est complexe. Mais, en ce qui concerne la danse africaine qu'il connaît et pour laquelle il est connu et reconnu, cinq pistes  peuvent être examinées, à savoir : 1 - Porter un autre regard sur la danse africaine traditionnelle ; 2 - Se demander si créer signifie copier, mimer ou singer ; 3 - Examiner les rapports entre la danse africaine traditionnelle et la littérature chorégraphique ; 4 - Proposer une première notation de vocabulaire chorégraphique pour la danse africaine ; Cette classification simple, a-t-il dit, présente deux avantages majeurs : permettre la conservation et la transmission de ce patrimoine culturel et offrir les outils nécessaires à la création chorégraphique africaine ; 5 - Faire l'état des lieux de la politique culturelle des pays africains depuis 1960.
Alphonse TIEROU a ensuite proposé nombre de solutions reposant sur le Dopplé , une chorégraphie africaine fondée sur dix mouvements ou dix techniques communes à toutes les danses africaines. Pour clore son propos, Alphonse TIEROU a longuement remercié Hines MABIKA et le Collectif des Doctorants de l'Institut d'Etudes Africaines pour l'organisation d'une telle Journée d'Etudes : « En plus de 20 ans de carrière,c'est du jamais vu », s'est-il exclamé, visiblement, ému ; « Mesdames, Messieurs, ce que vous faites aujourd'hui pour l'Afrique n'a pas de prix », a-t-il déclaré aux officiels et autres enseignants présents (parmi lesquels Pr. Didier PRALON, Directeur de l'Ecole Doctorale ED355, Pr. Colette DUBOIS, Directrice de l'Institut d'Etudes Africaines, Pr. Bruno MARTINELLI, Anthropologue et Responsable de l'Axe de Recherche n°4 de l'UMR 6124 du CNRS).
------- Hines MABIKA-OGNANDZI, pour le Doc IEA
               
               

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